L’œuvre de Nelson Pernisco s’aborde à l’image des tiers-lieux qu’il investit, comme un espace de libre indiscipline où la réflexion critique motive la production de nouvelles utopies. De squats urbains en friches industrielles, le plasticien s’est sensibilisé aux moyens d’occuper des territoires, de bâtir des habitats et à la façon dont ils catalysent des ordres politiques. Son esthétique sèche, dans une certaine mesure brutaliste, tient à la récupération de matériaux pauvres et récupérés, présentés comme les pierres de touche d’un monde peut-être déjà en ruines, au mieux en constant chantier. Empruntés à l’environnement urbain, au mobilier industriel ou à l’univers technologique, ces fragments disent dans son œuvre La précarité de l’époque et l’urgence d’en repenser les formes.

Ses sculptures et installations trahissent cette instabilité générale dont Nelson Pernisco travaille le motif. Les huit étais posés à l’horizontal de La quadrature suffisent à poser le constat global d’un basculement dans l’irrationnel des sociétés post-industrielles, d’un renversement des logiques et des rapports de force qui trouble leur équilibre. En réponse, il édifie des constructions précaires, parfois proches des cabanes — rampes de skate en béton, antre vaginal , sauna techno  ou coffrage impénétrable de bunker — qui échouent à offrir confort et protection. Si le sentiment de vulnérabilité y domine, il semble néanmoins compensé par la promotion de modes de vie alternatifs, comptant sur l’insouciance du jeu et la vie en communauté pour repenser les relations sociales.
Les références aux drogues récréatives ou à des sextoys monstrueux renvoient en ce sens à des mutations biopolitiques qui constituent à la fois une conséquence délétère des métamorphoses du monde et la promesse salutaire d’un sursaut de vie.

A ce sentiment d’insécurité devenu tonalité de fond de l’époque, Nelson Pernisco oppose la résistance comme mode d’action concret. Trainer un meuble en métal du nord au sud de Paris ou éprouver l’étirement de son corps à l’aide d’un élastique intègrent la performance à ses protocoles de production quand le choix de matériaux tenaces en redouble l’intention. En seconde lecture, cette opposition physique est renvoyée à une dissidence d’ordre politique. Témoin du glissement de la « société de l’enfermement » vers celle « de contrôle », de la discipline d’Etat vers la surveillance généralisée, le plasticien cherche à renverser symboliquement les processus de coercition par lesquelles les sociétés néolibérales et les gouvernances de l’état d’urgence musèlent les individus. En retournant un dispositif
de surveillance contre les policiers ou en associant le drapeau français à un bouclier antiémeute, le plasticien s’empare ainsi des outils du pouvoir pour réarmer le projet émancipatoire de l’art.

Son goût pour les matériaux brûlés, les compressions d’objets et les compositions chaotiques motive enfin le choix d’une plasticité destructrice, procédant par effacement ou destruction de formes initiales, juste réponse apportée à la violence de l’environnement contemporain.De trainée de poudre en cocktails Molotov, de rebuts industriels calcinés en formes vides, Nelson Pernisco active dans son œuvre le langage formel d’un véritable plastiquage des volumes et des espaces, souvent traité avec un humour qui en déjoue la vision d’angoisse. Cette distance ironique offre en effet un contrepoint à la poésie nihiliste des titres, expression d’une mélancolie face au délabrement du monde et à sa nécessaire entropie. Le sablier déconstruit de Le commencement et la fin, la tombe creusée
à même la neige de La poussière de l’heure et la cendre du jour, ou les ventilations toxiques de Temps, mort constituent en ce sens les vanités d’un monde post-humain à l’état germinal, l’indice que le recouvrement de l’homme par la technique menace pleinement son devenir.

 

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— Florian Gaité

 

 POINT G., 2013. Réalisé en collaboration de Florian Dezileau.
KIUASKIVI, 2016. Réalisé en collaboration de Guillaume Gouerou, Simon Nicolas, Basile Peyrade, Maxime Fourcade.

Nelson Pernisco’s work has to be explored the way we would approach the third-places he makes his own; seen as a space of free indiscipline where critical thinking breads new utopias. From urban squats to industrial wastelands, the visual artist took it upon itself
to discover the various means of occupying territories, of constructing housings and the way they act as a catalyst for political orders. His aesthetic is dry and in some way, brutalist. He relies on recycling poor and recovered materials, presented as touchstones of a world that may already be in ruins, and is at best under never-ending construction. Borrowed from the urban environment, from industrial properties or from the realm of technology,
these figments are used in his work to reflect the precariousness of time and the urgency of rethinking forms.

His sculptures and installations reveal the general instability lying at the heart of Nelson Pernisco’s work. The eight props laid horizontally in La quadrature (The Quadrature) are enough to emphasise that post-industrial societies have tipped over into the irrational,that the logical systems and power relationships have been reversed in a manner which disturbs their balance. As a response, he builds precarious structures, sometimes close to shacks - concrete skateboard ramps, a vaginal lair, a techno sauna or an impenetrable bunker casing – all failing to provide any sense of comfort and protection. While the feeling of vulnerability prevails here, it is however compensated for, by the promotion of alternative lifestyles, which relies on the carelessness of games and community life in order to rethink social relationships. In that way, the reference to recreational drugs and monstrous dildos invoke biopolitical mutations which are both the nefarious consequences of world mutations and the salvatory promise of a revival.  

Nelson Pernisco opposes resistance as a concrete means of action to today’s background filled with feelings of insecurity. Carrying around a metal furniture from the North to the South of Paris or testing his own body’s stretch with an elastic integrates the performance into his production process, while the choice of tenacious materials re-iterates the intention. After a second interpretation, it becomes clear that this physical opposition makes us think of a political dissent. Nelson Pernisco bears witness to the shift from a “society of imprisonment” to one of “control”, from State discipline to generalised surveillance. He seeks to symbolically topple the coercion process through which neoliberal societies and emergency state governance silence individual citizens. By turning the surveillance mechanism against the police forces or by associating the French flag with an anti-riot shield, the artist seizes the tools of power to re-weaponize the emancipatory aim of art.

His taste for burned materials, and for the compression of objects and chaotic compositions informs the choice of a destructive plasticity, proceeding by erasing or destroying the initial forms - a just answer to the violence of the current environment. From traces of powder to Molotov cocktails, from burned industrial waste to empty forms, Nelson Pernisco uses the formal language of bombing and applies it to volumes and spaces, while adding
a toucheof humour to defuse this anguish-fuelled vision. This ironic distance stands in contrast to the nihilistic poetry of the titles – the expression of melancholy in the face of a crumbling world and its required entropy. In that sense, the deconstructed hourglass in Le commencement et la fin (The Beginning and the End), the grave dug in the snow in La poussière de l’heure et la cendre du jour (The Dust of the Hour and The Ashes Of the Day) or the toxic ventilantion in Temps, mort (Time, death) represent the vanities of a post-human world still in its infant state, the tale that human beings will be overcome by technical prowess, clearly threatening its future.

 

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— Florian Gaité


POINT G., 2013. Made in collaboration with Florian Dezileau.
KIUASKIVI, 2016. Made in collaboration with Guillaume Gouerou, Simon Nicolas, Basile Peyrade, Maxime Fourcade.